mercredi 25 mai 2016

Cette vision d'un instant figée dans un corps cloué au sol



De façon réelle ou imaginaire, les massifs ont disparu de ma vue, laissant la place à une plaine plate au sol aride rythmé par les ondulations des rayons du soir. C'était sublime et je ne me rappelle rien d'autre. Cette vision d'un instant figée dans un corps cloué au sol depuis des heures, les yeux comme seule issue de secours pour échapper à une paralysie complète, tout était magique et terrifiant.
Chaque coup de pelle m'avait ouvert de profondes plaies dans le cou, sur le sommet du crâne, dans le gras du ventre et au centre du mollet gauche. Je ne ressentais aucune douleur. C'était bien pire que la douleur, je me sentais partir sous une boule géante, une roche sphérique de plusieurs tonnes qui me roulait lentement dessus.
Je plissais de plus en plus les paupières. La lumière rouge du soleil crépusculaire m'éblouissait violemment. La voix qui me parvint, aiguë et forte, me fit l'effet d'une explosion de pétards à quelques centimètres de mon oreille: "Eh jeune homme... Vous êtes morts ?"

Extrait de "La Diaspora des derniers jours"

Tu n'as pas d'enfant ? Et pourquoi ?




Ce regard accusateur croisé si souvent depuis dix ans: "Tu n'as pas d'enfant ? Et pourquoi ?"
Et pourquoi cette sorte d'obligation ? Ce processus exigé ? Cette façon de dire: "tu n'es pas réalisé parce que tu n'en as pas..."
Doit-on traîner la dépouille de l'enfant mort sous les yeux des inquisiteurs ?

dimanche 22 mai 2016

La bombe H s'écrase sur mon jean slim...



La version calcaire, c'est le temps présent, sept milliards de bipèdes se noyant dans son océan d'électricité croupie. Quelques pas encore, des vestes, très peu, des torses nus perclus de mélanomes malins 
...
Dans la poussette en pétrole, l'enfant à l'espérance de vie programmée au maximum ingère et inspire la mélasse métaux lourds, les gaz lourds légers transparents, les bombardements minutieux des écrans couches pleines de merde. 
...
Mains dans la poche, la bombe H s'écrase sur mon jean slim...

Tout le monde veut réussir sa vie



Tout le monde veut réussir sa vie... Tout le monde veut avoir assez de pinces à linge. Tout le monde veut gagner le gros jambon de Parme du concours. Tout le monde veut des solutions.

Notre regard de vivants



Ce que je préfère dans votre intimité, c'est votre cadavre offert et vulnérable sous notre regard de vivants... (bientôt morts)

Les barbares



Les "barbares" filment et mettent en scène la mort. Nous, nous la donnons sans la filmer...

À la surface des eaux salées



Je te dis que j'ai les boules de t'envoyer mes trucs, j'ai pas grand-chose à proposer sinon un pas devant un autre et pourvu que ça puisse encore fonctionner. Nuire n'est pas dans mes branches cassées d'ADN mais mouler des mains à la surface des eaux salées d'une mer qui sèche, je sais faire. 
Finalement.

samedi 21 mai 2016

J'adorerais me rencontrer à l'âge de seize ans



J'adorerais me rencontrer à l'âge de seize ans, le petit punk rebelle mais que je connais par coeur. Je le collerais au mur et je suis sûr qu'il palabrerait pour tenter de me retourner la tête. Mais il aurait devant lui un être plus ténébreux, plus grave, plus paisible et férocement calme. Je le connais. Il finirait par fermer sa gueule. Et je lui dirais quoi ? Je lui dirais: "Tu penses changer le monde mais le monde s'en branle de toi. Tu vas changer une chose: ta vie. Tu vas rater ta vie, ta flamboyance finira dans des milliers de pintes de bière, des nuages de fumée de shit, des pistes non skiables de cocaïne et surtout, tu seras si seul. Tu seras dépressif. Tu seras malheureux. Tu es devenu rebelle pour te venger de l'enfer de ton enfance... Mais ce sera double peine pour toi mon petit. Crois-moi. Si tu ne veux pas devenir l'homme à genoux qui se relèvent péniblement après 20 ans de rébellion vaine que je suis devenu, si tu veux me faire gagner du temps sur le chemin de MA guérison et de ma rédemption, cesse de lutter contre les moulins de ton esprit rempli de zéphyr et protège toi, vis... Tu trouveras ensuite le temps d'aider les autres".

mercredi 18 mai 2016

Ces touristes gazés dans les fuselages



Je ne cherchais pas à faire de bruit, plutôt tentais-je de m’effacer, de ne plus courir à découvert sans pour autant ramper. J’avais le bruit des pas dans les feuilles craquantes tapissant le sol et c’était tout. La présence des autres, de l’être humain, ses membres familiers mais aussi hostiles, son œil venin tout comme ses accolades clientes, ses rouges à lèvres brillants tapissant l’acide de sa bouche, l’Homme, ses grosses mains, ses petites mains, ses salles d’attente, ses bandes d’arrêt d’urgence, ses abribus et ses casernes. Je me tapissais dans l’ombre de la nature, ses résidus, ses derniers îlots rabougris serrés contre des rochers. J’étais là à ne plus pouvoir bouger, attendant que la faim et la soif me rongent, qu’un de ces gros avions me survole et vide ses soutes à bagages pour me fracasser sous le poids des affaires de ces touristes gazés dans les fuselages puis brûlés dans la stratosphère. Dans ce petit cercle de survie, à l’abri de la bise méchante venue du Far-N, j’avais un peu de l’éternité d’un instant tout autour de moi. Quand j’ai entendu les cris au loin des fuyards qu’on traquait, je me suis relevé pour regarder, presque prendre plaisir à les voir se faire abattre. Non que je fus excité par la vision de cadavres percés de balles puissances, mais plutôt la joie de ne pas en être, de me terrer sur ce terril submergé de verdure. 

Leur compagnie de Morphée flingue toute sérénité.



Ventre creux, je sens les araignées crapahuter sur mon corps couvert d'une pellicule fine de sueur. Les cimes de l'épuisement sont atteintes mais je ne peux pas dormir, simplement me tenir sur le matelas étroit et deviner le plafond. Les hommes ronflent, pètent, gueulent dans leur sommeil. Leur compagnie de Morphée flingue toute sérénité. Une voix au loin, jaillissant des escaliers, grossit et envahit tout l'étage: "Les mecs, c'est pour demain à l'aube ! Demain à l'aube on part les gars du douzième ! Demain !"
La joie provoque une ceinture de douleurs dans l'abdomen. La joie. Le bonheur. La clameur grandit et se répand dans chaque chambre, salon, couloir de notre niveau.

Extrait de "Mon Usine, la suite"

Nous entre-tuer faute d'horizon




Si l'on ne voit plus les étoiles, si l'on ne peut fixer qu'un ciel voilé chaque jour, nous n'avons plus accès à l'immensité, nous sommes plaqués au sol et nous sommes condamnés à nous entre-tuer faute d'horizon. 

Je n'ai jamais tué personne



Je n'ai jamais tué personne et j'espère ne jamais devoir le faire. Je n'ai jamais sauvé la vie de personne et je crains de ne pas savoir le faire... 

Cergy bombardé







Cergy bombardé toute la nuit passée. Nous n'avons plus une goutte d'eau, des coupures d'électricité. Mon portable fonctionne encore. J'ai faim. Aidez-moi.

L'Ordure trône au loin




La haine féroce qui s'abat sur nous semble solidifier l'air qui nous entoure. Nous sommes blottis l'un contre l'autre, mes bras lourds, comme fondus dans des blocs de béton scellés au sol. J'embrasse sa joue si douce, inondée par les larmes. Sans un mot, un bref regard suffit, nous échangeons nos cœurs palpitants. L'Ordure trône au loin, sur un fauteuil taillé dans la roche d'une falaise, le corps flasque d'une femme bien trop nourrie à la détestation d'elle même. Son unique soldat, petite chose luisante taillée dans la lose et l'obsession du pouvoir comme compensation délirante à la taille ridicule de son pénis, canarde sans cesse, vide des chargeurs en direction de notre maison sans jamais l'atteindre. 
J'ai encore du courage, j'ai toujours la force, mais une victoire se prépare patiemment, méthodiquement, sans précipitation, avec précision. 
Dans le chaos des balles qui sifflent, ma moitié et moi entendons un chant profond, bienfaiteur... Il est rassurant. Il est un allié. Il émane d'une silhouette lumineuse dont nous ne percevons que les contours. L'air devient moins lourd, moins solide. Le chant est une brise pour nous et une colonne de feu pour nos agresseurs. Une Ville à Deux est debout même si ébranlée méchamment.



Extrait de chroniques en temps de guerre numérique.

Ses gros yeux dénués de pupilles



Après avoir tenté de bêcher cette terre dure comme de la pierre, j'ai bu ce bol de lait chaud et gras sorti directement des mamelles de la vache. Elle me regardait en ruminant, l’œil mou, bête. Des obus de nuages néons se frayaient un chemin entre les dents acérées des crêtes du massif des Cryons. Tels des zeppelins naviguant en troupeau discipliné, ils allaient se perdre au-delà des limites connues du F-north. J'étais en paix. Le fermier me toisait avec ses gros yeux dénués de pupilles, de grosses billes blanches nervurées de vaines fines et roses pâles...

samedi 7 mai 2016

La valeur faciale de l'amour





Les villes ne sont pas frappées par les ogives, mais elles sont bombardées par le brouhaha criminel des bipèdes...
La valeur faciale de l'amour, l'étalon-or des relations intimes, le point d'indice des ventres mêlés. Je m'extirpe par la bouche d'égouts, le visage sans doute noirci par la merde qui encrasse le réseau de tunnel. Tout mon corps est électrique, les trous profonds qui couvrent mon corps sont causés par les câbles serpents-acier par lesquels passent toutes les méta-données... Data-données, rythme rouge des l'assauts puissants des 

mercredi 4 mai 2016

Je les réduis à l'état d'esclaves



Je regarde le compteur. Mes yeux voient défiler les chiffres. Derrière ces chiffres, c'est pas du joli-joli, c'est pas forcément de la bonne qualité. Leurs yeux se déposent sur les mots. Ils pensent lire de la fiction, ils pensent entrer dans un pur exercice littéraire, les gorges déployées pour ingurgiter l'air chargé de métaux lourds. Leurs yeux se déposent sur les mots. Je clique sur X, une décharge électrique secoue la tablette et le clavier. Elle est prête, excitée, en chaleur. Elle attend sa pitance, son flot de mots... Ils sont derrière leurs écrans, leurs yeux se déposent sur les mots en direct. Ils pensent lire une fiction... Ils lisent en fait la partie incurvée de leur réalité. Les mots s'alignent, le compteur est à bloc, les chiffres se succèdent à un rythme frénétique, je n'ai plus qu'à dire, écrire ce que bon me semble, pisser mon dégoût, livrer les ossements des gosses au bûcher, ça défile, l'écriture se veut plus folle, je produis, leurs yeux sortent peu à peu de leurs orbites, le compteur défile, ils lisent, ils pensent que c'est une fiction, je viole leur psyché, je les réduis à l'état d'esclaves, le compteur défile encore, les petits beats légers me font tressauter, mes mains vont enfler, mes doigts crispés vont s'immobiliser sur le clavier.........
....... Les mots sont lus à la vitesse de leur gourmandise... Le compteur ralentit peu à peu puis plus brutalement... Ils meurent les uns après les autres, par centaines... Le compteur s'arrête......
....... Je retire brutalement mes doigts du clavier brûlant... J'ai terminé. Ce que leurs yeux ont lu les ont réduits à l'état de cadavres. Dans mon Usine, la langue râpeuse du temps qui passe se charge de les lécher jusqu'à la mort...

L'Apocalypse cent mille fois prévu et prédit





J'avais des angoisses quand je suis allé dans le désert sec et crépusculaire de Daddy... En arrivant devant sa station à essence désertée, je me suis senti serein, aussi bien qu'une séance de ciné dans ma banlieue pourrie avec une personne avec qui je me sentais bien, enfin. Une Simca bleue et une Talbot rouge bullaient contre un trottoir inutile et un autocollant du FN plaqué sur une poubelle en faux alu Ikéa. La clique… Un buisson sec vigoureux se ruinait contre un muret de parpaings à l’angle du chemin des vignes et la route 444… Deux siècles de capitalisme avaient suffi pour faire de cette étape, une impasse. J’étais au cinéma en arrivant chez Daddy, c’était aussi beau que le chemin de l’école que l’empruntait, c’était aussi lumineux que 1000 leds modernes nourries à l’Apocalypse cent mille fois prévu et prédit… Un canapé, un match de catch, un téléphone filaire gris et un matelas mou troué de crasse.

J’étais chez papa, sa vide à fantômes, les tumeurs dont on n’a plus peur… La magie d’une gomme d’à l’école qui efface le gris sec d’un crayon gras HB sur un cahier à grands carreaux. Mon sexe, à l’instant où je garais ma Talbot rouge, ma K7 enregistrée, ma vie avec mes bras, mes jambes, mes clopes allumées, mes oreilles bouchées, mes jambes sans poil, la vie vulve d’un miracle planétaire…

Les yeux baisés par les passants crétins




Ils marchaient main dans la main avec les yeux baisés par les passants crétins, le sac recyclé-recyclable rempli de victuailles métasta-siques, des tas de croûte terrestre dégueulés par des machines gigantesques. Forer. Il faut forer. Il faut creuser. Il faut extraire, traire les sous-sols, il faut se pisser dans la bouche et forer, il faut bien ranger dans les allées du supermarché. Il faut consommer et se prosterner devant le Dieu animateur télé, devant le journaleux dans la mêlé posant des questions à la con. Sitôt répondu, sitôt oublié. Se plier et se relever et forer. Créditer, le ciel est bleu comme une carte bancaire, une vis plantée au centre lisse du front. Ils vont passer à l'action, faire péter les cerveaux accaparés, en faire des geysers de sang caressant la voûte palatine de l'atmosphère terrestre... Un caddie dans le cul. Un tube de crème dans la gorge. Un chéquier en guise de PQ. 

Il te met en HORS-BITE



Avant l'assaut, Lucille me regarde, me sourit et me chuchote: "Il faut que je te dise. Toi et moi, c'est pas eux. Toi et moi, c'est au-delà. Avant qu'on vienne ici, j'ai écrit un truc sur toutes ces connes qui s'étalent sur les réseaux. J'te lis" Elle prend une petite inspiration et se lance:

"Tu mets des cœurs partout dans tes textes cons sur l'amour, ah l'amour, ton bonhomme bisous dans le cou campé derrière toi, son sourire, sa gaule prête à l'emploi. Il est parfait, tu l'aimes, tu mets des cœurs dans tous tes textes, tes statuts, avant d'être déçue, abattue, parce que tu n'as toujours pas pigé, tu en es toujours persuadé, lui, il l'a dit, tu le crois comme on croit aux OVNI, il va rester, te rendre heureuse, au-delà du rouleau compresseur, comme mamie, comme Paulo le beau-frère. Tu y crois tandis que déjà, il te met en HORS-BITE, te campant au poste de mère de prostitution, de substitution, la version salope de la génitrice. Tu fais des cœurs dans tes textes pendant qu'il fait des casses dans leurs sexes, se vidant les couilles, la tête, ses bonnes résolutions dans un autre assemblage de viandes, de voix en enfilade. Tu fais des cœurs dans tes textes, dans tes statuts, sur le front de tes copines. Il t'encastre, t'emplâtre, te prépare à l'enfer... Tu mets des cœurs dans tes textes mauvais, tes chouchous pouyouyous d'amour, tes crocs de boucher plantés dans tous les hémisphères de ta cervelle. Tu vas picoler ou bien t'assassiner à la barre chocolatée. Tu vas errer, te faire interner, te fader internet, te noyer dans le boulot, t'asphyxier devant la télé. Tu mettras des petits cœurs au fond de ton gros cul. Tu seras seule, délicieuse imbécile qui, pour la énième fois, aura cru en l'amour éternel... Cuillère à café de sirop, petites douleurs dans le dos, bastos de tristesse dans la gorge... Les cancrelats s'écrasent avec les doigts"

Les lapins nocturnes tripotent les feuilles mortes craquantes





Il inspecte le pare-choc de la voiture puis il passe la main dans l’entrebâillement de la vitre conducteur. Tiens, il sourit. Tiens. « Ça va pas être possible. Ici, y’a que les adhérents au club qui sont autorisés à entrer ». La marmite est pleine, il n’a pas l’air méchant, il a l’air plein de bonhomie ce vigile zélé. Il a l’air aplati comme une planche, le front troué d’une balle… La marmite est pleine. On n’avait pas bien fait la comptabilité, compte de résultat de notre potentiel reproductif. On n’a pas fait les bons choix, on a essayé, on a échoué, on a essayé de nouveau, on a fait risette aux clients à la caisse du supermarché, on a distribué des tracts publicitaires dans la rue, on a même glissé des mots doux dans l’oreille-radar des policiers en faction. Tout a été fait. Le téléphone à sa place, l’écran d’ordinateur bien en face, la Lune en Saturne, la burne au saté, pâte au saindoux et évier en inox. La ronde de nuit peut commencer. Nous nous sommes garés sur la colline qui surplombe la résidence. Les bois sont humides, les lapins nocturnes tripotent les feuilles mortes craquantes. Lucille vérifie son verni à ongles légèrement abîmé par la gâchette. Elle est pressée, elle veut se ruer sur les clubistes milliardaires. Je lui dis de se calmer. Elle me lance : « Mehdi, t’as toujours eu la peau des joues trop roses. Faut arrêter de cogiter comme ça, faut foncer ». Je la supplie de se calmer. Les yeux dans les jumelles. Des lueurs, des lampes de jardin solaires, une piscine bleue éclairée jusqu’au matin, des vieilles blondasses aux seins de baudruche ricanant comme des collégiennes petit bateau rouge sang. La marmite est pleine, nos paupières sont lourdes, le pendule s’est figé, il sera bientôt l’heure de se jeter dans la fosse… 
Lucille lève le ton, murmurant jusqu'à saturation: "Voilà, même si on les tue tous, ils resteront vivants, comme nous tous! On aura juste rangé la chambre comme tu dis toujours. On les aura empêchés de nuire, d'exploiter, de se foutre de la gueule de la masse des galériens. Tu le sais, nous sommes tous des poussières errantes emprisonnées dans la sphère du le nuage d'Öpik-Oort!"

Le gros noir de service pour défendre les blancs pleins aux as est prêt



Eh! Tu fais quoi?
... Je fais subitement les doigts qui pincent l'animal, je digère la saucisse industrielle en matant des reportages sur les milliardaires qui mangent sainement. J'ai l’œil torve, ta main dans la mienne, ton sein contre mon avant-bras, et je regarde les milliardaires qui mangent sainement en avalant des rouleaux de saucisses industrielles. Je pince entre l'index et le pouce tes tétons d'abord butés vers le bas se dressant à la vitesse de ma verge. Les milliardaires habillent leurs clebs en Versace, les parfument à Dior... Mon radeau de saucisses industrielles bourrées d'antibiotiques, de merdes, de petits gnomes décolorés, mon assiette Ikéa, mes beaux plats bradés via ma carte de fidélité, ma peau encore ferme bientôt attaquée par les métastases... et les milliardaires qui grognent de suffisance, des petits cons qui exhibent fièrement leur maison luxueuse sur ma chaîne industrielle mes saucisses industrielles mes animateurs télé industriels, mes magasins bio industriels, mon réchauffement climatique industriel, mon dieu industriel, déployant son dépliant de prières et de soumissions indispensables pour atteindre l'éternité exquise des milliardaires de ma télé industrielle, mes plages de pub industrielles, mes couches, mes colliers de nouilles, mes putes dans des camionnettes-humidité dans des forêts déglacées au crachin... J'ai pas choisi de lustrer une arme industrielle. Elle comme moi n'avons pas fait le choix de laisser le vent nous fouetter le visage sur l'autoroute, nos heures à s'éreinter de siestes sur les aires d'autoroute... industrielle. Nous avons la radio et la variétoche, la douleur, la pop mièvre, les promesses de bonheur, les envies de virages aigus, des heures durant, usant nos pneus industriels, nos heures sensuelles à faire l'amour sur la banquette arrière sous l’œil inquisiteur de la pleine lune, les lentes lunes linéaires qui redécorent les résidences des milliardaires, leurs magasins, leurs bonhommes en costards à écussons, leurs talons de cuir et leurs talons sans crevasse... Notre désir de fuir, notre envie de non-saucisses industrielles, notre rêve idiot, notre musculeuse bataille contre notre statut de cafard, d'armoire abandonnée dans le grenier, de lit de bébé fauché par l'oubli et la poussière, nos illusions illuminées par nos clinquantes crises de fureur, nos armes collées sur l'épiderme de derches stupides refusant de nous offrir l'essence, le gîte et le découvert. Et voilà une jolie route non-industrielle qui paraît juste après les vies que nous avons pulvérisées, une route pas chimique, pas clinique, une route humide, verte à crever de larmes, une route traversée par des salopes de jolis traits solaires, une route qui n'en finit plus, nous menant loin de notre radeau de saucisses industrielles, nous menant tout droit vers la maison luxueuse gardée par les chiens et les noirs musclés de service, la maison des gardiens à la torsade blanche clouée dans l'oreille droite, l'écusson crétin sur le veston, le ton thune du défenseur de l'argent comptant et content... Nous approchons, et ils appelleront un massacre. Nous appellerons ça un juste retour aux choses... Si je vous dis, c'est que je ne me tais pas, si je dis, c'est que je n'ai pas la piscine à débordement, si je dis, c'est que j'ai une arme, mon joujou inoffensif qui me libérera de l'enfer des milliardaires...

Elle pose ses lèvres sur ma joue. J'ai les mains serrées sur le volant. Des villes violant des espaces vierges. Nous sommes pleins phares. Le gros noir de service pour défendre les blancs pleins aux as est prêt à nous accueillir, nous effeuiller, nous démolir.

Je me sodomiserai avec vos armes de guerre



Parce que je n'ai jamais donné de valeur à un chien, sa truffe chaude, ses soquettes crottées de terre, parce que je n'ai jamais eu de respect pour vos marmots, leurs couches pleines, vos yeux doudidoux quand vous les exposiez comme des pièces de musée, parce que je n'ai jamais vomi dans vos lits quand vous ne faisiez que me chier sur la tête, parce que vous dégoulinez de lubrifiant quand au feu rouge vous vous godez avé vos cigarettes électroniques, électroniques, parce que vous avez mal rangé votre chambre, que vous avez soulevé mes entrailles à chaque fois que vous avez glissé le bulletin couche à merde de vote, parce que vous avez montré vos gueules guignoles sur le mur blanc de l'aphrodisiaque Facefuck, parce que j'ai décollé le papier-peint mieux que vous, que j'ai appris à me torcher avant de me branler, parce que j'ai rempli des papiers avec des croix, des boules de papier dans le cul, parce que j'ai écrit l'incurie, l'asphyxie, parce que j'ai pleuré en matant des pauvres gosses osseux tout juste bon à finir dans la gamelle de vos chiens, parce que j'ai soulevé des murs de boudins à gros seins, des squelettes à la vulve aussi flippante qu'un trou noir, parce que j'ai fait comme vous, à traverser des couloirs de gars en gueulant sur le connard main tendu "lave tes ONGLES OU JE TE BUTE!", parce que je me suis noyé dans l'alcool, dans les draps salopés, sur des chemins de boue, de burnes, des champs de bataille, des cimetières d'éléphants nazis, parce que je sais j'ai vu je sens je sais j'ai vu je sens je vis je sens je suis je sang je suinte je suis je somnole dans un bain d'amphétamines, parce que j'ai bien rangé, parce que j'ai palpé la peau jaune des morts, parce que j'ai mordu la peau jeune des putes en mules des années 80 90 2000, parce que j'ai mis un cadre pour faire cible pour tirer dedans, parce que je n'arrive plus à terminer cette phrase, que j'ai les boyaux serrés de trouille à l'idée du cancer, de l'ulcère, de la guerre fauchant la fermeté de mes membres, parce que je n'en finirai jamais, je rangerai, je dérangerai, je re-rangerai puis je re-dérangerai et je ne finirai jamais cette phrase parce qu'il n'y a pas de fin, même si les poussières de comètes, même si Némésis vise mon anus avec la chaleur orange et froide, je ne finirai pas...

Des cyborgs inversés



"Les temps vont changer. Les robots, les machines deviendront les êtres civilisés dominants le monde. Et lorsqu'ils seront rongés par la rouille, quand l'un de leur fusible, circuit imprimé ou tuyau sera défectueux, ils se feront greffer des artères, des organes internes et des membres humains. Nous serons la technologie qui leur donnera l'illusion de devenir immortels... Ils seront ce que nous auront été. Ils seront des cyborgs inversés... Ils seront des Hum-borgs"... 

Je ne veux pas ajouter de nouveaux amis



Je ne veux pas ajouter de nouveaux amis que je ne connais pas, surtout pas des très vieux qui pourraient mourir bientôt, qu’il faudrait pleurer avant même de les avoir rencontrés, je ne veux pas ajouter des amis de trop, des amis d’une autre langue, des amis aux photos de profil angoissantes, niaises ou kitchs. Je ne veux pas ajouter des amis qui n’écoutaient pas à l’école, des fauchés, des vauriens parce qu’ils ne consomment rien. Je ne veux pas ajouter des capitalistes, ou pire, des ultra-capitalistes pour ne pas m’engueuler avec. Je ne veux pas d’intellos ni même des bobos, je ne veux pas de militaires, de flics, de militants d’extrême-droite ou d’extrême-gauche. Je ne veux pas ajouter non plus des honnêtes gens, chiants comme la mort, salariés bornés au train-train, aux espoirs rabougris. Ils sont beaucoup trop rétrécis, je ne veux pas non plus de punks à chiens, de skins ou des mecs qui collent toujours un lien sous mon lien, pour me signifier que ce morceau-là est meilleur ou plus virtuose que celui que j’ai aimé. Je ne veux pas des gens de la com’, tout comme je ne veux pas de lycéens, de retraités. Je n’aime pas ceux de mon âge, alors je ne veux pas les ajouter. Je ne veux pas d’amis, pas des amis qui existent, je veux des amis qui font la guerre, qui me protègent, qui sont capables de se poster dans mes miradors, arme à la main, Joystick collector entre les doigts, l’œil affûté, les reins calés dans le siège grand confort des combattants modernes.

Les traces noires laissées par les cafards





Je donne les chiens à bouffer aux loups emportés par l'une des lames de fond des Derniers Jours. Je suis Mehdi, elle est Lucille, et nous contons notre histoire sur les débris du monde. 
Un jour jouir substitué par une nuit diurne. Voici notre ascension... 
Nous poussons les côtes, nous jetons les factures d'hôtel dans les sables mouvants qui ont rongés les dunes. Je pense que nous avons des yeux translucides, nous avons les enlacements de pieuvres amoureuses. Nos cœurs couinent de plaisir... à la seule vue de la viande du monde, des bancs de poissons, des mâchoires de requins décharnées plantées dans les guibolles arrachées de rebelles de baignoire, des surfers, des sex-danseurs scrutant la proie sur le travers de porc qu'est la piste de danse... 
Nous nous sommes rencontrés en 2009, dans les méandres cacophoniques des réseaux... Nous étions deux cervelles spongieuses solitaires se débattant sans relâche contre les besoins affolants de contacts des quidams, ces femmes et ces hommes en quête d'un autre pour remplir les bulles d'eau et d'air qui composent leurs corps. 
Lucille suivait les traces noires laissées par les cafards dans son appartement. Je me débattais avec un clic-clac gondolé qui me donnait le mal de mer, la mélasse amertume dispensée par une télévision aussi agressive qu'une arme automatique. 
Au crépuscule de nos questionnements sur le sens de l'existence, alors que nous ne nous connaissions pas encore, nous venions de commettre l'un et l'autre, ce que les autres appellent un crime sordide. Pour nous, c'était simplement un réajustement judicieux de nos quotidiens. Lucille avait poussé dans le vide ce type avec qui elle partageait sa vie. Conclusion de la police: un suicide. J'avais, de mon côté, taillé les veines de celle qui ravageait ma vie. L'amour a souvent des relents de gentillesse mal assumée. Conclusion de la police: un suicide. 
Dans le bol de café, les croûtons flottent. Sous la charpente urbaine, en contrebas, le monstre circulation bouchonne. Obstruction de l'aorte urbaine. ça sent le jour sans suite, des milligrammes de poussières de béton et autres micro-particules sniffées chaque seconde. Cette mégapole est un océan où vivent des méduses venimeuses qui s'autoproclament Êtres Humains. 

Premières lignes d'Entrave Haineuse.

Sur le paquet de cancers, il y a une photo de clopes consumées




Puis, une fois rentré, il ne reste que le rouge-orangé, la douce odeur du hachis parmentier, du fraisier périmé acheté dans le rayon mal éclairé du supermarché chiant du bout du monde, du bout de la zone industrielle. Aux vents violents subis en famille, je préfère les briques froides, tes baisers chauds, nos culs presque osseux saillants sur le béton bénéfique de la mégapole. Un jour, l'un dit merci. Le suivant, l'autre t'offre une bouffée d'haleine douce et de salive tiède. 

Sur le paquet de cancers, il y a une photo de clopes consumées. Sur la boîte aux lettres, il y a le nom et le prénom d'un dictateur tyrannique. Notre rue piétonne plus jolie qu'un désert de caillasse sur lequel croupissent des culs totalement osseux saillants sur le lac séché du désespoir... Il y a ensuite le couloir, sans les vents violents. Il y a le miroir pour se jeter un coup d’œil lorsqu'on s'embrasse amoureusement. Il y a l'oubli des tuyaux flanqués en intraveineuse, des milliers d'heures à se figer zombie devant une webcam... Nous n'avons pas l'océan, nous n'avons pas les phoques, les fougères pliées, les chemins sauvages... Nous, nous avons les autoroutes en parpaings, les nuages de poussière, les escaliers de briques abîmées... Nous avons, dans la foule immense, tentaculaire, radieuse de tristesse, les planètes lointaines, les mégapoles vertes des mondes parallèles. Nous avons un secret: le souffle doux du zéphyr expulsé par nos peaux. 

Nous baisons dans les bestiaux d’acier




Le camping-car tremblant au vent, nous nuisons à l'environnement, nous plaçons nos vies entre les mains moites de la catastrophe. Une couverture sur les pieds, les yeux oiseaux volant au-dessus des rouleaux blancs de l'océan déchaîné. Des mouettes tristes font face aux bourrasques, la valise de bide vide. Nous sommes l’être invisible planqué dans la muqueuse froide de l’habitacle. Ils en ont fait des bestiaux à quatre roues dans les usines, ils ont construit pour nous, ils nous ont fait la couche moelleuse, la planche de plumes sur nos corps crevés, ils nous ont fabriqués les seringues, les tuyaux, les encres vives sur nos dépliants touristiques. Nos esclaves nous ont boulonnés dans l’ennui, dans l’angoisse, dans le sentiment d’insécurité, dans la certitude qu’un bastringue juché sur quatre roues est notre carte fidélité pour le Salut. Nous ne donnons pas cher de la peau du chien qui pue, qui sniffe le buisson avant d’y déverser sa pisse, d’y marquer les frontières de son territoire. Nous ne donnons de la valeur qu’à nos esclaves que nous rémunérons à coups de points fidélité, de carte de crédit. Nous leur faisons honneur, nous baisons dans les bestiaux d’acier qu’ils nous envoient depuis leurs manufactures du bout du monde, des immondes mains abîmées dès l’âge de dix ans, et du sang dedans la bouche qu’ils avalent sans rechigner.

Sommes-nous morts ?



Ses ongles vernis apparaissent dans les centaines de micro-miroirs qui constituent les façades du long tunnel tortueux qui trace sous la mégapole. Ses ongles et ses yeux reflétés tant de fois, mon arme rutilante, ma face aussi… Elle/moi sommes morcelés, des spectres pixelises avançant prudemment dans un décor bombardé de lumière. Sommes-nous morts ? On me rire dessus, quelque part. Derrière, devant. Je ne sais pas. Tout s’est éteint. J’avance à tâtons. Le souffle puant de la vie m’englobe. Je n’ai pas écrit depuis plusieurs jours. Je n’ai plus vraiment ouvert la bouche non plus.  Le tunnel disparaît. La mégapole se dissout. Il n’y a plus qu’une averse violente et froide qui s’abat sur mon corps nu… 

La rue soufflée avant-hier par la voiture piégée



Toute cette énergie déployée pour si peu de résultats. À l'inverse des décennies passées, nous ne cherchons pas à atteindre le bonheur ou la tranquillité, nous essayons surtout de ne pas avoir peur du lendemain. J'allume la bougie. L'électricité n'est pas revenue à six heures du matin comme il était prévu. Nous n'en aurons peut-être pas une seule seconde de la journée et surtout de la nuit. Des centaines de pieds foulent les gravats de la rue soufflée avant-hier par la voiture piégée. Il paraît que nous nous situons sur la ligne de front. Auparavant, c'était ici que trônait le cœur du pouvoir départemental. Je me gratte le front. Le joystick émet une vibration désagréable, signe de l'approche de l'ennemi. L'ennemi... Lequel ? Sa batterie est encore pleine. J'ai de la marge.

mardi 3 mai 2016

Mon Usine revient



Avant de partir, je voulais te dire que je lui ai précisé que tu n’étais plus sur le marché. Il ne pourra plus vraiment nuire ni même faire subir, il pourra en revanche regarder, rester cloîtré dans sa tour de contrôle, ses écrans devant, son fauteuil modèle « Président », pour surveiller l’usine, et découvrir la peau cuivrée des clients enchantés, ses salariés aussi, toujours souriants, distribuant des mains amicales à qui voudra les saisir. Il ne répondra pas au téléphone, ni même aux sollicitations en direct, et pour cause, il sera dans la tour, dans sa pièce verrouillée de l’extérieur pour qu’il n’inflige plus jamais le malheur, la douleur, les claques psychiques terrifiantes. Il a traversé le monde, il a erré, il a découvert, il a joint les quatre points cardinaux sans jamais s’arrêter. Derrière lui, il y eut comme une longueur, immense, infinie trace d’acide tranchant le croûte terrestre, découpant la sphère terrestre en quatre parties égales. Il était attendu comme le messie, je crois, il est venu. Au lieu du déluge, il a distribué les baffes, les catastrophes… Personne ne l’a reconnu. Il est enfermé, il sent l’odeur du café, il profite tel un voyeur du mouvement des restes du monde, dans son Usine… Et de sa voix rauque distribuée dans toutes les zones de vente et de production, il a dit, il le redira mais il l’a dit : « Vous avez cru mon Usine aux oubliettes… Erreur, mon Usine revient, Mon Usine, le suite... »

Extrait de "Mon Usine, la suite"



lundi 2 mai 2016

Ne meurs pas maintenant




Chut, je te dis, écoute ça, simplement, dépasse de tes yeux fatigués ces murs de briques rouges qui obstruent ta vue. Essaie simplement de te hausser sur le bout de tes pieds et regarde venir le venir, sa langue géante qui lèche la jugulaire de l'usine en friche où tu as fait naître tes révoltes, tes nerfs tendus, ce regard définitivement triste sur l'existence. Souris, car tu n'as rien à perdre. La ville de tes proches et un parterre de pierres tombales... Il ne te reste plus que ta moitié que tu as glané dans le tumulte, dans l'océan de feu, de désespoir... NE meurs pas maintenant, finalement, si tu regardes au-delà de ces murs de briques rouges qui obstruent ta vue, tu as la main légère de ta moitié qui ondule, géostationnaire, fine et vernis, douce et qui t'invite à te blottir. C'est là qu'Il a  souhaité te mener, c'est pour ça qu'il t'a fait traverser ces villes de pierres tombales... Pour que tu vives encore un peu, un tout petit peu contre la peau douce et chaude de ta moitié... 

Les étoiles filantes en plein jour



Tu peux essayer d'être plus puissant que du bois mou, mettre ton maillot d'bain bleu avec les petits ours rouges, t'enfiler bière sur bière tout en tripotant l'eau turquoise de la mer chaude, tu ne pourras plus jamais te relever de ta serviette, soudé à jamais au sol, le tissu rêche, l'amertume de la crème dans la bouche, les belles fesses écorchées faisandant sous le cagnard ami/ennemi, l'ennui, la douleur, les étoiles filantes en plein jour, et les trous, les roues, les cartouches d'encre, les beaux gosses en planche à rouler , les tongs qui faisaient stonch stonch sur le macadam suant, ces petites saucisses grasses, les beats bornés braillés par la sono des plages, et jouir dans le sable, et pourrir, les écouteurs de son enfoncés tout au fond jusque dans le gluant de la cervelle servile du gentil travailleur mort. Mais...