mercredi 4 mai 2016

Il te met en HORS-BITE



Avant l'assaut, Lucille me regarde, me sourit et me chuchote: "Il faut que je te dise. Toi et moi, c'est pas eux. Toi et moi, c'est au-delà. Avant qu'on vienne ici, j'ai écrit un truc sur toutes ces connes qui s'étalent sur les réseaux. J'te lis" Elle prend une petite inspiration et se lance:

"Tu mets des cœurs partout dans tes textes cons sur l'amour, ah l'amour, ton bonhomme bisous dans le cou campé derrière toi, son sourire, sa gaule prête à l'emploi. Il est parfait, tu l'aimes, tu mets des cœurs dans tous tes textes, tes statuts, avant d'être déçue, abattue, parce que tu n'as toujours pas pigé, tu en es toujours persuadé, lui, il l'a dit, tu le crois comme on croit aux OVNI, il va rester, te rendre heureuse, au-delà du rouleau compresseur, comme mamie, comme Paulo le beau-frère. Tu y crois tandis que déjà, il te met en HORS-BITE, te campant au poste de mère de prostitution, de substitution, la version salope de la génitrice. Tu fais des cœurs dans tes textes pendant qu'il fait des casses dans leurs sexes, se vidant les couilles, la tête, ses bonnes résolutions dans un autre assemblage de viandes, de voix en enfilade. Tu fais des cœurs dans tes textes, dans tes statuts, sur le front de tes copines. Il t'encastre, t'emplâtre, te prépare à l'enfer... Tu mets des cœurs dans tes textes mauvais, tes chouchous pouyouyous d'amour, tes crocs de boucher plantés dans tous les hémisphères de ta cervelle. Tu vas picoler ou bien t'assassiner à la barre chocolatée. Tu vas errer, te faire interner, te fader internet, te noyer dans le boulot, t'asphyxier devant la télé. Tu mettras des petits cœurs au fond de ton gros cul. Tu seras seule, délicieuse imbécile qui, pour la énième fois, aura cru en l'amour éternel... Cuillère à café de sirop, petites douleurs dans le dos, bastos de tristesse dans la gorge... Les cancrelats s'écrasent avec les doigts"

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