J'avais des angoisses quand je suis allé dans le désert sec et crépusculaire de Daddy... En arrivant devant sa station à essence désertée, je me suis senti serein, aussi bien qu'une séance de ciné dans ma banlieue pourrie avec une personne avec qui je me sentais bien, enfin. Une Simca bleue et une Talbot rouge bullaient contre un trottoir inutile et un autocollant du FN plaqué sur une poubelle en faux alu Ikéa. La clique… Un buisson sec vigoureux se ruinait contre un muret de parpaings à l’angle du chemin des vignes et la route 444… Deux siècles de capitalisme avaient suffi pour faire de cette étape, une impasse. J’étais au cinéma en arrivant chez Daddy, c’était aussi beau que le chemin de l’école que l’empruntait, c’était aussi lumineux que 1000 leds modernes nourries à l’Apocalypse cent mille fois prévu et prédit… Un canapé, un match de catch, un téléphone filaire gris et un matelas mou troué de crasse.
J’étais chez papa, sa vide à fantômes, les tumeurs dont on n’a plus peur… La magie d’une gomme d’à l’école qui efface le gris sec d’un crayon gras HB sur un cahier à grands carreaux. Mon sexe, à l’instant où je garais ma Talbot rouge, ma K7 enregistrée, ma vie avec mes bras, mes jambes, mes clopes allumées, mes oreilles bouchées, mes jambes sans poil, la vie vulve d’un miracle planétaire…

excellent !
RépondreSupprimer(y a un truc bizarre dans " gomme d’à l’école ")