Affichage des articles dont le libellé est roman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est roman. Afficher tous les articles

vendredi 3 juin 2016

Des lampes à UV pour les enfants prématurés.




Première ligne de test d’un roman/nouvelle qui verra le jour… ou pas.
Sa Porsche 924 Turbo couleur crème faisait un bruit de semi-remorque pétaradant mais s’accrochait avec souplesse au macadam de la départementale. Les années n’avaient pas raison de cette occasion dont il avait rêvé si longtemps. La salle de concert était un hangar planté au milieu des champs. Lui était accolé un aérodrome destiné aux adeptes de pilotage et aux quelques jets de vedettes acceptant de jouer ici. Ses cils retenaient la sueur qui lui coulait du front, mais ils s’avéraient insuffisants si bien que ses yeux viraient au rouge, irrités par le sel lacrymal. Le concert de Cook Robin allait débuter dans moins de vingt minutes. Il se réjouissait de revoir et d’écouter cette gloire des années 80. Il angoissait tout de même. Presque trois décennies étaient passées et il craignait que le chanteur ne soit plus qu’un vieux croulant à la voix rauque.
Le soleil virant au orange braquait rapidement vers la ligne d’horizon. Les voitures de luxe affluaient. Près de deux cents personnes avaient été triées sur le volet pour cette soirée de charité exceptionnelle en faveur d’une association soutenant le financement de lampes à UV pour les enfants prématurés. C’était une amie gendarme, Caroline, qui lui avait parlé de l’événement. Elle le savait très branché par les causes humanitaires non par idéal de charité, mais parce qu’il savait que des dames d’un âge avancé y pullulaient, esseulées, avides d’action et affamées d’affection. Ça amusait Caroline bien qu’elle ne comprenait pas très bien pourquoi un trentenaire de sa trempe, beau garçon et riche héritier remplissait ses temps libres de tels passe-temps. Ses préférences sexuelles y étaient pour beaucoup mais ça ne suffisait pas à justifier qu’il quitte son appartement confortable de banlieue nord parisienne pour gigoter sur les tubes éculés d’un groupe depuis longtemps rangé dans les oubliettes de la variété. « Si vraiment j’adore cette musique. Et c’est l’occasion de rencontrer des gens moins guindés et cons que d’habitude ».
Il gara la Porsche entre une BM noire et une Audi jaune poussin. Une trentaine de personnes faisait la queue entre la façade en tôle du bâtiment et des barrières grises. Il enfila sa veste en cachemire pourpre, réajusta sa ceinture à boucle plaquée or – Il la desserrait en conduisant, son petit bide gras pressurant son pubis, tendant son pantalon taille 42 (il se refusait à prendre une taille au-dessus) à l’extrême, compressant douloureusement ses couilles – vérifia la brillance de ses Weston à glands et se positionna derrière un couple de sexagénaires ternes. A cet instant, sa déception fut grande. Il n’aperçut pas la moindre femme ou groupe de femmes mûres. Toutes celles qui étaient là (une dizaine) étaient accompagnées d’un homme. Ça commençait mal.

Comment s'appelle mon père ?




Comment s'appelle ma sœur ? Dois-je en parler au passé ? Comment s'appelle mon père ? Cette ville au loin, comment s'appelle-t-elle ? Dois-je donner des noms? Dois-je me taire ? Des vitres explosées. Les abrutis ont déguerpi. Leur faire fermer leurs gueules. Les réduire en bouillie. Je sais qu'on ne doit pas faire de mal, qu'on doit pardonner, je crois, je le sais, il me semble que les comportements étranges et violents, les hurlements et les cris stridents ne sont pas des choses à faire. On doit faire taire. Je regarde les flammes et ça me fait penser à un gazoduc explosé. Je ne dois pas bouger. Ils approchent par petits groupes de trois ou quatre, armés, ivres presque morts, miteux, loqueteux, râleurs, méchants. Ils vont sûrement tenter un passage en force mais je les en empêcherai. Ici je n'ai pas que mes souvenirs, mes jouets d'enfants et mes consoles d'ado. J'ai aussi les corps et la capacité de dupliquer ce monde, cette seconde aussi longtemps que je le déciderai. Un roi. Un petit seigneur tout neuf libéré de ses chaînes, physiquement en forme...

mercredi 18 mai 2016

Ces touristes gazés dans les fuselages



Je ne cherchais pas à faire de bruit, plutôt tentais-je de m’effacer, de ne plus courir à découvert sans pour autant ramper. J’avais le bruit des pas dans les feuilles craquantes tapissant le sol et c’était tout. La présence des autres, de l’être humain, ses membres familiers mais aussi hostiles, son œil venin tout comme ses accolades clientes, ses rouges à lèvres brillants tapissant l’acide de sa bouche, l’Homme, ses grosses mains, ses petites mains, ses salles d’attente, ses bandes d’arrêt d’urgence, ses abribus et ses casernes. Je me tapissais dans l’ombre de la nature, ses résidus, ses derniers îlots rabougris serrés contre des rochers. J’étais là à ne plus pouvoir bouger, attendant que la faim et la soif me rongent, qu’un de ces gros avions me survole et vide ses soutes à bagages pour me fracasser sous le poids des affaires de ces touristes gazés dans les fuselages puis brûlés dans la stratosphère. Dans ce petit cercle de survie, à l’abri de la bise méchante venue du Far-N, j’avais un peu de l’éternité d’un instant tout autour de moi. Quand j’ai entendu les cris au loin des fuyards qu’on traquait, je me suis relevé pour regarder, presque prendre plaisir à les voir se faire abattre. Non que je fus excité par la vision de cadavres percés de balles puissances, mais plutôt la joie de ne pas en être, de me terrer sur ce terril submergé de verdure. 

Leur compagnie de Morphée flingue toute sérénité.



Ventre creux, je sens les araignées crapahuter sur mon corps couvert d'une pellicule fine de sueur. Les cimes de l'épuisement sont atteintes mais je ne peux pas dormir, simplement me tenir sur le matelas étroit et deviner le plafond. Les hommes ronflent, pètent, gueulent dans leur sommeil. Leur compagnie de Morphée flingue toute sérénité. Une voix au loin, jaillissant des escaliers, grossit et envahit tout l'étage: "Les mecs, c'est pour demain à l'aube ! Demain à l'aube on part les gars du douzième ! Demain !"
La joie provoque une ceinture de douleurs dans l'abdomen. La joie. Le bonheur. La clameur grandit et se répand dans chaque chambre, salon, couloir de notre niveau.

Extrait de "Mon Usine, la suite"