Eh! Tu fais quoi?
... Je fais subitement les doigts qui pincent l'animal, je digère la saucisse industrielle en matant des reportages sur les milliardaires qui mangent sainement. J'ai l’œil torve, ta main dans la mienne, ton sein contre mon avant-bras, et je regarde les milliardaires qui mangent sainement en avalant des rouleaux de saucisses industrielles. Je pince entre l'index et le pouce tes tétons d'abord butés vers le bas se dressant à la vitesse de ma verge. Les milliardaires habillent leurs clebs en Versace, les parfument à Dior... Mon radeau de saucisses industrielles bourrées d'antibiotiques, de merdes, de petits gnomes décolorés, mon assiette Ikéa, mes beaux plats bradés via ma carte de fidélité, ma peau encore ferme bientôt attaquée par les métastases... et les milliardaires qui grognent de suffisance, des petits cons qui exhibent fièrement leur maison luxueuse sur ma chaîne industrielle mes saucisses industrielles mes animateurs télé industriels, mes magasins bio industriels, mon réchauffement climatique industriel, mon dieu industriel, déployant son dépliant de prières et de soumissions indispensables pour atteindre l'éternité exquise des milliardaires de ma télé industrielle, mes plages de pub industrielles, mes couches, mes colliers de nouilles, mes putes dans des camionnettes-humidité dans des forêts déglacées au crachin... J'ai pas choisi de lustrer une arme industrielle. Elle comme moi n'avons pas fait le choix de laisser le vent nous fouetter le visage sur l'autoroute, nos heures à s'éreinter de siestes sur les aires d'autoroute... industrielle. Nous avons la radio et la variétoche, la douleur, la pop mièvre, les promesses de bonheur, les envies de virages aigus, des heures durant, usant nos pneus industriels, nos heures sensuelles à faire l'amour sur la banquette arrière sous l’œil inquisiteur de la pleine lune, les lentes lunes linéaires qui redécorent les résidences des milliardaires, leurs magasins, leurs bonhommes en costards à écussons, leurs talons de cuir et leurs talons sans crevasse... Notre désir de fuir, notre envie de non-saucisses industrielles, notre rêve idiot, notre musculeuse bataille contre notre statut de cafard, d'armoire abandonnée dans le grenier, de lit de bébé fauché par l'oubli et la poussière, nos illusions illuminées par nos clinquantes crises de fureur, nos armes collées sur l'épiderme de derches stupides refusant de nous offrir l'essence, le gîte et le découvert. Et voilà une jolie route non-industrielle qui paraît juste après les vies que nous avons pulvérisées, une route pas chimique, pas clinique, une route humide, verte à crever de larmes, une route traversée par des salopes de jolis traits solaires, une route qui n'en finit plus, nous menant loin de notre radeau de saucisses industrielles, nous menant tout droit vers la maison luxueuse gardée par les chiens et les noirs musclés de service, la maison des gardiens à la torsade blanche clouée dans l'oreille droite, l'écusson crétin sur le veston, le ton thune du défenseur de l'argent comptant et content... Nous approchons, et ils appelleront un massacre. Nous appellerons ça un juste retour aux choses... Si je vous dis, c'est que je ne me tais pas, si je dis, c'est que je n'ai pas la piscine à débordement, si je dis, c'est que j'ai une arme, mon joujou inoffensif qui me libérera de l'enfer des milliardaires...
Elle pose ses lèvres sur ma joue. J'ai les mains serrées sur le volant. Des villes violant des espaces vierges. Nous sommes pleins phares. Le gros noir de service pour défendre les blancs pleins aux as est prêt à nous accueillir, nous effeuiller, nous démolir.

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