Son corps charnu, gras, ses artères gonflées de sang alcoolique, il hurle à l'instar d'un primate attaqué dans son smartphone hors de prix. Qui connaît la racine de cette colère continue, perpétuelle, du soir au matin, du matin au soir?
mercredi 8 juin 2016
vendredi 3 juin 2016
Un altermondialiste PDG du CAC40
Un Vegan boucher-charcutier, un pacifiste militaire, un pêcheur militant de Greenpeace, un journaliste local vosgien de guerre, un chauffeur de taxi dans une voiture sans permis, un altermondialiste PDG du CAC40, une Europe démocratique, un Leclerc Drive sur une plateforme pétrolière, un SDF soumis à l’ISF, un bonimenteur agoraphobe, un narcoleptique insomniaque…
Internet est le pénitencier planétaire de nos âmes...
Des murs déments à des heures tardives... Je lavais mes dents avec mon index noirci par du charbon. La bonniche, la maman, le chef et le maître spirituel étaient incarnés par les vidéos en boucle d'hommes jeunes m'offrant autre chose comme perspective que de pousser des caddies, acheter un appartement, épouser une femme et calculer le nombre de trimestres de travail qu'il me restait à effectuer pour toucher une retraite à pousser des caddies, faire des croisières et espérer vivre et vivre encore dans un corps de pire en pire. Jacques joignait l'utile à l'agréable, il finissait les flasques des errants et se réservait un peu de shit pour sublimer l'ivresse. C'était un flic facile. Un laxiste au sens de l'humour aiguisé...
Un océan d'objets manufacturés
"Vous n'avez aucune chance de vous en sortir. Vous pouvez bien vous branler chaque jour, vous brosser les dents après chaque repas, donner une petite pièce une fois de temps en temps à un clochard. Vous ne vous en sortirez pas. Les voitures seront de plus en plus nombreuses, combleront vos bouches tels des baillons de plastique, de métaux, des poudres de lessive aux simples jouets pour enfants, ça ne cessera jamais, vous y passerez, vous vous retournerez comme s'il s'agissait de votre dernier instant dans votre appartement et vous éteindrez et tout sera noir, tout virera à l'obscurité, vous n'y échapperez pas. Et nous regarderons ça de loin, sur la ligne de frontière qui nous sépare de vous et nous vous regarderons vous noyer dans un océan d'objets manufacturés, de nourritures industrielles, de selfies par milliards, de sourires en grimaces, de moues imbéciles aux expressions molles, aux airs figés, aux regards de volaille, nous vous regarderons, nous vous attribuerons des sobriquets, nous ferons des paris sur vos agonies et nous festoierons sûrement. Il le faut car un jour, ce sera notre tour. En attendant, retournez chez vous, vieux pachyderme bipède usé jusqu'aux os. Le chemin est là. Allez... Allez... Allez je vous regarde marcher et vous éloigner..."
Extrait de "Évite de mourir"
Des lampes à UV pour les enfants prématurés.
Première ligne de test d’un roman/nouvelle qui verra le jour… ou pas.
Sa Porsche 924 Turbo couleur crème faisait un bruit de semi-remorque pétaradant mais s’accrochait avec souplesse au macadam de la départementale. Les années n’avaient pas raison de cette occasion dont il avait rêvé si longtemps. La salle de concert était un hangar planté au milieu des champs. Lui était accolé un aérodrome destiné aux adeptes de pilotage et aux quelques jets de vedettes acceptant de jouer ici. Ses cils retenaient la sueur qui lui coulait du front, mais ils s’avéraient insuffisants si bien que ses yeux viraient au rouge, irrités par le sel lacrymal. Le concert de Cook Robin allait débuter dans moins de vingt minutes. Il se réjouissait de revoir et d’écouter cette gloire des années 80. Il angoissait tout de même. Presque trois décennies étaient passées et il craignait que le chanteur ne soit plus qu’un vieux croulant à la voix rauque.
Le soleil virant au orange braquait rapidement vers la ligne d’horizon. Les voitures de luxe affluaient. Près de deux cents personnes avaient été triées sur le volet pour cette soirée de charité exceptionnelle en faveur d’une association soutenant le financement de lampes à UV pour les enfants prématurés. C’était une amie gendarme, Caroline, qui lui avait parlé de l’événement. Elle le savait très branché par les causes humanitaires non par idéal de charité, mais parce qu’il savait que des dames d’un âge avancé y pullulaient, esseulées, avides d’action et affamées d’affection. Ça amusait Caroline bien qu’elle ne comprenait pas très bien pourquoi un trentenaire de sa trempe, beau garçon et riche héritier remplissait ses temps libres de tels passe-temps. Ses préférences sexuelles y étaient pour beaucoup mais ça ne suffisait pas à justifier qu’il quitte son appartement confortable de banlieue nord parisienne pour gigoter sur les tubes éculés d’un groupe depuis longtemps rangé dans les oubliettes de la variété. « Si vraiment j’adore cette musique. Et c’est l’occasion de rencontrer des gens moins guindés et cons que d’habitude ».
Il gara la Porsche entre une BM noire et une Audi jaune poussin. Une trentaine de personnes faisait la queue entre la façade en tôle du bâtiment et des barrières grises. Il enfila sa veste en cachemire pourpre, réajusta sa ceinture à boucle plaquée or – Il la desserrait en conduisant, son petit bide gras pressurant son pubis, tendant son pantalon taille 42 (il se refusait à prendre une taille au-dessus) à l’extrême, compressant douloureusement ses couilles – vérifia la brillance de ses Weston à glands et se positionna derrière un couple de sexagénaires ternes. A cet instant, sa déception fut grande. Il n’aperçut pas la moindre femme ou groupe de femmes mûres. Toutes celles qui étaient là (une dizaine) étaient accompagnées d’un homme. Ça commençait mal.
Comment s'appelle mon père ?
Comment s'appelle ma sœur ? Dois-je en parler au passé ? Comment s'appelle mon père ? Cette ville au loin, comment s'appelle-t-elle ? Dois-je donner des noms? Dois-je me taire ? Des vitres explosées. Les abrutis ont déguerpi. Leur faire fermer leurs gueules. Les réduire en bouillie. Je sais qu'on ne doit pas faire de mal, qu'on doit pardonner, je crois, je le sais, il me semble que les comportements étranges et violents, les hurlements et les cris stridents ne sont pas des choses à faire. On doit faire taire. Je regarde les flammes et ça me fait penser à un gazoduc explosé. Je ne dois pas bouger. Ils approchent par petits groupes de trois ou quatre, armés, ivres presque morts, miteux, loqueteux, râleurs, méchants. Ils vont sûrement tenter un passage en force mais je les en empêcherai. Ici je n'ai pas que mes souvenirs, mes jouets d'enfants et mes consoles d'ado. J'ai aussi les corps et la capacité de dupliquer ce monde, cette seconde aussi longtemps que je le déciderai. Un roi. Un petit seigneur tout neuf libéré de ses chaînes, physiquement en forme...
mercredi 25 mai 2016
Cette vision d'un instant figée dans un corps cloué au sol
De façon réelle ou imaginaire, les massifs ont disparu de ma vue, laissant la place à une plaine plate au sol aride rythmé par les ondulations des rayons du soir. C'était sublime et je ne me rappelle rien d'autre. Cette vision d'un instant figée dans un corps cloué au sol depuis des heures, les yeux comme seule issue de secours pour échapper à une paralysie complète, tout était magique et terrifiant.
Chaque coup de pelle m'avait ouvert de profondes plaies dans le cou, sur le sommet du crâne, dans le gras du ventre et au centre du mollet gauche. Je ne ressentais aucune douleur. C'était bien pire que la douleur, je me sentais partir sous une boule géante, une roche sphérique de plusieurs tonnes qui me roulait lentement dessus.
Je plissais de plus en plus les paupières. La lumière rouge du soleil crépusculaire m'éblouissait violemment. La voix qui me parvint, aiguë et forte, me fit l'effet d'une explosion de pétards à quelques centimètres de mon oreille: "Eh jeune homme... Vous êtes morts ?"
Extrait de "La Diaspora des derniers jours"
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