"Vous n'avez aucune chance de vous en sortir. Vous pouvez bien vous branler chaque jour, vous brosser les dents après chaque repas, donner une petite pièce une fois de temps en temps à un clochard. Vous ne vous en sortirez pas. Les voitures seront de plus en plus nombreuses, combleront vos bouches tels des baillons de plastique, de métaux, des poudres de lessive aux simples jouets pour enfants, ça ne cessera jamais, vous y passerez, vous vous retournerez comme s'il s'agissait de votre dernier instant dans votre appartement et vous éteindrez et tout sera noir, tout virera à l'obscurité, vous n'y échapperez pas. Et nous regarderons ça de loin, sur la ligne de frontière qui nous sépare de vous et nous vous regarderons vous noyer dans un océan d'objets manufacturés, de nourritures industrielles, de selfies par milliards, de sourires en grimaces, de moues imbéciles aux expressions molles, aux airs figés, aux regards de volaille, nous vous regarderons, nous vous attribuerons des sobriquets, nous ferons des paris sur vos agonies et nous festoierons sûrement. Il le faut car un jour, ce sera notre tour. En attendant, retournez chez vous, vieux pachyderme bipède usé jusqu'aux os. Le chemin est là. Allez... Allez... Allez je vous regarde marcher et vous éloigner..."
Extrait de "Évite de mourir"

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