De ma plage, ils n’auront rien pas même un seul de ses grains
d’or chauffé par un soleil connard. Ils n’auront rien de mon farniente, mes baignades,
mon bronzage camionneur. Ils n’auront rien,
pas mon frisbee, mes tongs, mes parasols. Ils n’auront rien de mes
petites économies placées dans un emplacement de camping ou d’hôtel, ils n’auront
pas, ils ne toucheront pas à mon impasse estivale, ma « coupure »
annuelle, mon « break », ils n’auront pas, ils ne frôleront pas le château
de sable des petits, ils n’étendront pas leur dieu et leur prophète sur une
serviette éponge, ils ne pourront pas, ils n’entreront pas, ils ne toucheront
pas ma grande conquête du XXème siècle, mes vacances pathétiques à griller cancer
dans une épaisse couche de crème solaire. Ils n’auront rien, ils ne verront
rien, ils ne gagneront pas de terrain sur mes kékés des plages à bord de leurs
poubelles customisées braillant des tubes de branleurs à la voix trafiquée, ils
n’auront pas, ils ne posséderont pas, ils n’envahiront pas ma zone de nibards lourds et informes des dames
épaisses qui ont trop profité des années 70 et 80, ils n’auront pas non plus
les messieurs au gros bide qui cachent leur micro-érection à la vue d’étudiantes
sautillant dans les vagues. Ils n’auront pas, ils ne porteront pas, ils ne se
couvriront pas, ils ne « prosélyteront » sur ce territoire de sable
où j’ai piétiné les idéaux, l’intelligence et les combats de mes ancêtres. Ma
lutte aujourd’hui se réduit à dénoncer le burkini, la queue flasque rabougrie
dans mon slip de bain pétrole… Ma vision
du monde est l’horizon bleu et elle a la taille d’une serviette de bain.

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